J'ai commencé par m'inscrire à la maison du film court. J'en avais entendu parler comme ça, à droite à gauche, et je suis allé me renseigner sur place. Je vous explique en deux mots comment ça fonctionne : La MFC est une association de soutien pour les jeunes (ou moins jeunes, d'ailleurs) auteurs, réalisateurs, techniciens et/ou comédiens qui souhaitent réaliser ou participer à des courts métrages. Dans chaque département (Scénario, réalisation, production), des professionnels sont là pour vous orienter, vous aider, vous donner de premiers contacts. Et ça a l'air de rien, comme ça, mais c'est primordial. Avant de connaître la MFC, j'étais juste "un con tout seul avec son scénario de merde". Maintenant, je suis toujours con, mon scénario est toujours nul, mais je ne suis plus tout seul ! J'exagère un peu, puisque mon scénario a été plutôt apprécié, mais cette notion d'être entouré de professionnels qui vous conseillent, c'est le début de tout.

J'ai donc bénéficié pour "Lundi Matin" des conseils éclairés de Richard Sidi, le reponsable du département scénario (dont j'ai d'ailleurs suivi le stage "Bases de l'écriture scénaristique en Mars - très bien) ainsi que des points de vue de six inconnus, pro et semi-pro, lors des comités de lecture. Je ne dis pas que tous ces avis étaient pertinents, mais ils ont tous apporté quelque chose. Le scénario n'a cessé d'être remis sur l'ouvrage et je suis foncièrement persuadé aujourd'hui, beaucoup plus qu'hier, que c'est ça, le travail d'un scénariste. Réécrire. A chaque réécriture, le scénario a pris un nouveau souffle. Et c'est loin d'être fini. Je parlerai sûrement de ça plus longuement un autre jour, mais je résumerais la chose ainsi : l'objectif de ces réécritures n'est pas d'ajouter, de complexifier ou de fignoler. Au contraire. On réécrit pour rendre simple, clair, évident. Et on est souvent obligé de passer par des circonvolutions maladroites avant de trouver ce qui représente le coeur du film, le fameux rêve éveillé durant lequel on a ressenti quelque chose de physique. Et raconter ça, seulement ça. Mais bref. On parlera de ça plus tard.

J'ai ensuite rencontré Julien, du département production, qui m'a donné un premier aperçu des rouages des systèmes de financement et du fonctionnement des boîtes de prod. Grosso modo bien sûr, mais suffisamment pour passer à l'étape suivante : contacter des producteurs. Il m'a donc donné une liste de boîtes de prod qui pourraient être inétéressées par mon film et... voilà. J'en suis là. A priori, il vaut mieux attendre Septembre pour commencer à envoyer les dossiers et passer les coups de fil.

La suite des évènement, dans un monde parfait, est la suivante : la première boîte de prod à qui j'envoie mon scénar le trouve "absolument fantastique" et prévoit qu'il va révolutionner le Septième Art (et l'Art en général, et le monde). Elle accepte donc de me produire. Elle envoie le scénario au CNC où il bénéficie du premier coup -ce qui est très rare mais n'oublions pas que c'est un film révolutionnaire- de l'aide maximale (soit environ 80 000€). Le scénario reçoit également l'aide d'une région (environ 20 000€) et est préacheté par une chaîne de télé (environ 6 000€). Me voilà donc à la tête de 106 000 € pour faire "Lundi Matin". Je le tourne en 35mm Scope avec une équipe complète et de qualité, j'engage l'orchestre philarmonique de Berlin pour faire la musique, et il me reste même assez pour rajouter des dinosaures en images de synthèse en arrière-plan (rien à voir avec le film, mais on va quand même pas laisser de l'argent !). Le film fait un triomphe, il rafle tous les prix en festival, et il gagne même l'oscar du meilleur court-métrage à Hollywood. (Penser à remercier ma mère pendant mon discours.) Et voilà pour l'hypothère "monde parfait". Dans l'hypothèse "monde pourri", le scénario n'arrive pas à grapiller la moindre subvention, il traîne durant des années dans des tiroirs de producteurs qui ont mieux à faire et, après trois ou quatre ans, il sombre dans l'oubli.

Comme d'habitude, la vérité sera entre les deux. Je vous tiendrai au courant.